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Depuis mes débuts à la télévision, j'ai été considéré comme le gendre idéal et le meilleur ami des belles mères. J'avais tout pour plaire : des petites lunettes cerclés métal genre intello, une apparence sportive et dynamique. Tout me réussissait.
Il n'y avait qu'un seul truc qui pêchait contre moi : mon parisianisme teinté d'arrogance qui avait tendance à légèrement énerver certains auditeurs provinciaux au colon chatouilleux. J'ai fait amende, j'ai quitté la chaîne branchée dans laquelle je me trouvais pour aller rejoindre le peuple vulgaire (pléonasme) là où il se trouvait. Je l'ai trouvé, il m'a trouvé aussi. Et le parfait amour a pu filer.
Mon boulot, c'était de parler aux gens de trucs qu'ils auraient mieux fait de garder pour eux-même. J'ai su très vite contourner les critiques inévitables de voyeurisme et les assimilations à la télé poubelle en maquillant mes grands déballages en débats de société. La magouille était simple : il suffisait de prévenir les gens que j'étais moi même dégoûté de ce que je voyais, mais que le droit à l'information était plus grand que tout. Ma meilleure arme pour cela : mes grimaces de compassion et de dégoût, longuement travaillées devant le miroir, et un public fidèle et docile aux moments où il s'agit d'applaudir ou de huer.
Ça a duré pas mal d'années, avec quelques petites périodes en creux, quelques agressions journalistiques, mais globalement, pas d'obstacles majeurs. Les français m'acceptaient, même les quelques uns d'entre eux qui ne m'appréciaient pas avaient tendance à me voir comme un vieux meuble de goût douteux auquel on a fini par s'habituer.
Aujourd'hui, je me dis que tout cela n'était pas très réaliste. C'était forcé, fallait que je me prenne à un moment le retour à la gueule du bâton merdeux. On m'a choppé avec de la came. Ça a été ça. Ça aurait pu être autre chose. Et pour certains, aujourd'hui, je suis déjà enterré. Bande de crétins.
Je sors juste un moment de la lumière des projecteurs, je reste là et je contrôle tout, je produis tout. Et la suite de l'histoire n'est pas très difficile à imaginer. Le scénario hollywoodien classique va s'appliquer à la lettre : adulation - corruption - déception - repentance - rédemption.
Je reviendrai, et mon retour sera auréolé de gloire, car j'ai réussi à me débarrasser de mon dernier défaut : mon manque d'aspérités. Même Jésus a eu sa traversée du désert, il aurait été de mauvais goût que je n'en aie pas. Pour mes fidèles, le pardon de mes turpitudes sera aussi un peu le symbole du pardon de leurs propres bassesses et de leur propre médiocrité. Je reviendrai, et tout ceux que ça énerve déjà n'auront qu'à mettre leur tête dans le sable. Ce sera le seul moyen de ne pas me voir passer. |
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