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Alors que le chien beuglait après le livreur de journaux à l’extérieur John ouvre les yeux. Machinalement il extirpe ses pieds des draps pour leur faire rejoindre ses pantoufles moletonées roses. Quelques pas pour s’engoncer dans son peignoire. Quelques marches pour aller récupérer le journal sur le perron. Quelques mètres pour entrer dans la pub Henry du coin de la rue son journal à la main, et son visage mal entretenu qui ne choquait plus personne.
“Un scotch Henry” “Je t’apporte ça tout de suite, t’as ouvert le journal? ils parlent de vous...” “Ahhh... Glorieux exploit, qui sommes-nous cette fois-ci? Les terroristes? les assassins? les injustes?” “J’en sais rien, c’est Evan là-bas qui me l’a dit, tu sais moi et la lecture on a jamais vraiment communié, je tiendrais pas un Pub sinon” Evan, assis dans un coin, altéré par la fumée d’une cigarette blonde faisait un signe de la main.
John ouvre le quotidien. Page 6.
La vieille, à quatre heures quarante-deux, une berline noir s’etait engouffrée dans Kirkwood road tous phares éteint. Elle s’était arrêté devant le numero seize, et John était monté à son bord, silencieux. Deux hommes. Un chauffeur et Bryan. La voiture parcouru quelques kilomètres dans l’obscurité du matin avant que B. n’ouvre la bouche.
“On te dépose à un arrêt de bus. Ne pose pas de question. Tu prends le sac qui est dans le coffre. Ne pose pas de questions. Tu prends ce bus. Ne pose pas de question. Tu descends deux arrêts avant le terminus et tu oublies le sac. Tu rentres au bercaille et tu ne poses pas de questions.”
La voiture ralentissait déjà et John serein ouvrait la portière. Le jour levant lui fouettait la peau. En ouvrant le coffre il jetait un oeil à sa montre: cinq heures quinze. On était bien à une vingtaine de bornes de chez lui. Le sac en main, le coffre claqué, la berline redémarrait. L’arrêt de Bus indiquait Belfaste, Terminus. Ne pas se poser de questions.
Assis a l’abri, il s’allumait une clope. Pourquoi avoir des chaussures si bien cirées pour ce genre de jobs? Pourquoi porter un costume pour grimper dans un bus et y oublier un sac? Pourquoi obéir sans poser de questions quand on a déjà gagné assez d’argent dans sa carrière pour s’arrêter?
La cause. L’indépendance. La gloire.
Le bus arrive, ses portes s’ouvrent. John grimpe l’air de rien, il sourit comme on lui a appris. Les sièges sont tous pris. Des ouvriers essentielement. Grisâtres tous, verdâtres. Ils ont le regard figés, et les traits durs. John attend accoudé à une rembarde. Entre les arrêts qui défilent, on peut entr’apercevoir à l’exterieur les zones residentielles qui se métamorphosent peu à peu en blocs d’immeubles. Puis les artères sinueuse d’une ville. John se baisse vers une femme plutôt sale: “excusez-moi madame, c’est bien la prochain Red Church?”
John pose le sac, au pied d’un fauteuil tout proche des doubles portes et descend. La rue est vide. L’air est frais. Une clope allumée tout juste tirée de sa poche, John entre dans le pub le plus proche. S’accoude au zync et attend. Il compte dans sa tête fébrile, il sait que le moment va venir. Retenues les secondes. Un, deux, trois.
Comme un pétard dans une boite de conserve. Pas très loin. Sans doute au bout de la rue. Pas de souffles, pas de cris. Non, un évènement ordinaire pour un homme caché dans un pub ordinaire.
“Les membres de l’IRA qui ont hier fait exploser un bus dans le centre ville de Belfast marquent un pas historique vers un niveau supérieur de violence. S’en prenant cette fois-ci à des innocents, un jeune garçon de neuf ans a notamment laissé la vie dans cet attentat sans pareils jusqu’ici...”
John relevait la tête vers henry. “Putain t’es blanc, t’as vu un fantome?” demanda celui-ci.
John buvait frénétiquement son scotch. Sa main tremblait. |